Dans la FAQ de sa recommandation sur les pixels de suivi, publiée en 2026, la CNIL range noir sur blanc la relance de panier parmi les courriels promotionnels : elle relève de la prospection et demande le consentement préalable du destinataire. Côté Shopify, l'automatisation de paiement abandonné peut pourtant être réglée pour partir vers « Tous les clients ». L'outil permet davantage que ce que la loi autorise : le réglage vous revient.
Un scénario marketing automation bien construit tient compte des deux. Voici les cinq scénarios qui comptent pour une boutique en ligne (relance panier abandonné, bienvenue, après achat, réassort ou alerte de prix, réactivation), les règles de consentement à respecter, ce que Shopify fait sans application tierce, et ce qui existe sur Vinyles.com, un comparateur de prix qui n'a ni panier ni commande : seuls la bienvenue et l'alerte de prix le concernent.
En bref
- Un scénario de marketing automation associe un déclencheur (un panier laissé, un premier achat), un délai, un message et une condition d'arrêt.
- Pour un particulier, tout e-mail commercial suppose un consentement préalable par une case non pré-cochée, sauf pour un client existant et des produits analogues. La simple création d'un compte ne suffit pas.
- La CNIL classe la relance de panier abandonné parmi les courriels promotionnels : consentement préalable requis, pixels de suivi compris.
- Shopify propose nativement des automatisations de panier et de paiement abandonnés, de bienvenue, d'après achat et de reconquête, envoyées par défaut aux seuls abonnés.
- Sur Vinyles.com, le code montre une inscription à la newsletter avec case de consentement et un historique de prix sur un an, mais aucun envoi d'alerte de prix. Les réglages des applications Shopify installées n'ont pas été relus.
Un scénario marketing automation en quatre éléments
Un scénario marketing automation est une suite d'envois qui se déclenche seule quand un client fait, ou ne fait pas, une action précise sur votre boutique. Il se décrit toujours avec les mêmes quatre éléments :
déclencheur le client laisse un panier sans commander
délai attendre quelques heures
message rappeler les articles, répondre à une objection (frais de port, délai)
sortie arrêter dès que la commande est passée ou que le client se désabonneLa condition de sortie est celle qu'on oublie le plus. Sans elle, un client qui vient de commander reçoit encore « Vous avez oublié quelque chose ? » le lendemain : c'est le meilleur moyen de perdre sa confiance.
Avant d'écrire le premier message, notez aussi à qui le scénario s'adresse : abonnés ayant donné leur consentement, clients existants, ou tout le monde. C'est cette ligne qui décide si le scénario est légal.
Les cinq scénarios qui comptent en e-commerce
Une boutique n'a pas besoin de trente automatisations. Ces cinq scénarios couvrent le parcours d'achat, du premier contact au client qui ne revient plus.
| Scénario | Déclencheur | Objectif | Consentement marketing |
|---|---|---|---|
| Relance panier abandonné | Panier ou paiement commencé, sans commande | Finaliser l'achat | Oui, selon la CNIL |
| Bienvenue | Inscription à la newsletter | Présenter la boutique, tenir la promesse de l'inscription | Oui, recueilli à l'inscription |
| Après achat | Commande passée ou livrée | Conseils d'usage, avis, produit complémentaire | Non pour l'information sur la commande, ni pour un conseil d'usage sans offre (message relationnel selon la CNIL, avec information et droit d'opposition) ; oui pour une offre, sauf exception client ; demande d'avis : non citée par la CNIL, à garder sans contenu promotionnel |
| Réassort ou alerte de prix | Retour en stock, baisse de prix d'un article suivi | Prévenir celui qui a demandé à l'être | Demande explicite de la personne, par article. La CNIL ne cite pas l'alerte de stock ou de prix ; son exemple le plus proche, l'alerte immobilière souscrite par l'utilisateur, n'est pas de la prospection tant que le message découle du service demandé et ne promeut pas d'autres offres. Si l'alerte propose d'autres produits, recueillir aussi l'accord marketing |
| Réactivation | Aucun achat depuis une période que vous fixez | Faire revenir un ancien client | Exception client possible pour des produits analogues |
La relance de panier abandonné
La relance de panier abandonné écrit à une personne qui a mis des articles dans son panier, voire commencé le paiement, sans valider la commande. Shopify distingue d'ailleurs les deux cas : le panier abandonné (des articles ajoutés, sans passage au paiement) et le paiement abandonné (le paiement commencé, sans commande finale). Dans le second cas, vous disposez en général de l'adresse e-mail, saisie à l'étape du paiement.
Un bon message de relance fait trois choses : il montre les articles laissés, il lève l'objection la plus probable (frais de port, délai, retour possible), et il donne un lien direct vers le panier. Une remise automatique n'est pas obligatoire, et elle comporte un risque : habituer une partie des clients à laisser leur panier pour attendre le code.
Le scénario de bienvenue
Le message de bienvenue part juste après l'inscription, au moment où l'intérêt est le plus fort. Il confirme l'inscription, rappelle ce que la personne va recevoir et à quelle fréquence, et tient la promesse faite dans le formulaire. Si le formulaire promettait un jeu concours ou des nouveautés, c'est le premier message qui doit en parler.
L'après-achat
Après une commande, trois familles de messages se mêlent souvent à tort. La confirmation de commande et l'avis d'expédition sont des messages transactionnels : ils informent sur une transaction demandée. Un conseil d'usage envoyé à un client, sans aucune offre, est ce que la CNIL appelle un message relationnel : il accompagne l'utilisation du produit et ne demande pas de consentement préalable, mais la personne doit en être informée et pouvoir s'y opposer. La suggestion d'un produit complémentaire incite à consommer davantage : elle relève de la prospection, et un conseil d'usage qui glisse une offre ou une remise bascule dans la même catégorie. La demande d'avis ne figure pas dans les exemples de la CNIL : si vous en envoyez une, gardez-la sans contenu promotionnel.
Le réassort et l'alerte de prix
C'est le scénario le mieux accepté, parce que le client l'a demandé lui-même : « prévenez-moi quand ce disque revient » ou « quand son prix baisse ». Il suppose deux choses côté technique : un formulaire par article, et des données fiables sur le stock ou le prix.
La réactivation
Le scénario de réactivation cible les clients qui n'ont rien acheté depuis une durée que vous fixez selon votre rythme de vente. Il propose une nouveauté ou rappelle ce qui a changé depuis leur dernier achat. S'il reste sans réponse, la bonne sortie est souvent de retirer l'adresse des envois réguliers : une liste qui n'ouvre plus rien pèse sur la délivrabilité de toutes vos campagnes.
Ce que dit la CNIL sur la prospection par e-mail
Envoyer un e-mail commercial à un particulier suppose son consentement préalable, sauf exception pour un client existant. Les règles viennent de l'article L34-5 du Code des postes et des communications électroniques, que la CNIL détaille sur sa page consacrée à la prospection par courrier électronique. Je ne suis pas juriste : voici ce que disent ces pages officielles, consultées en septembre 2026.
- Le consentement doit être libre, spécifique, éclairé et univoque. Il se recueille par une case que la personne coche elle-même : la case pré-cochée est interdite, et l'acceptation des conditions générales ne vaut pas consentement.
- L'exception client : on peut écrire sans consentement préalable à une personne déjà cliente, pour des produits ou services analogues à ceux achetés, à condition qu'elle ait été informée et puisse s'y opposer. La CNIL précise que la simple création d'un compte ne suffit pas à faire d'un visiteur un client.
- Chaque message doit indiquer qui l'envoie et permettre de refuser simplement et gratuitement les envois suivants.
- La relance de panier est classée par la CNIL parmi les courriels promotionnels, dans la FAQ de sa recommandation sur les pixels de suivi : consentement préalable du destinataire nécessaire.
- Les pixels de suivi, ces images invisibles qui mesurent l'ouverture d'un e-mail, demandent eux aussi un consentement dans les courriels commerciaux, selon la recommandation publiée le 14 avril 2026. La CNIL n'exempte que deux usages, et seulement dans des courriels demandés par le destinataire ou liés à un service qu'il a demandé, comme une confirmation de commande ou un avis d'expédition : sécuriser une authentification, et mesurer, destinataire par destinataire, l'ouverture des courriels à des fins de délivrabilité, pour espacer ou arrêter les envois aux inactifs. Un courriel transactionnel n'est pas exempté en bloc.
- Entre professionnels, la règle est plus souple : l'information et le droit d'opposition suffisent si l'offre concerne l'activité professionnelle de la personne.
En pratique, pour une boutique qui vend à des particuliers : une case de consentement non cochée à l'inscription et au moment du paiement, un lien de désinscription dans chaque message, et des scénarios qui ne partent qu'aux personnes ayant coché la case, ou aux clients existants pour des produits proches.
Ce que Shopify propose nativement
Shopify fournit des automatisations marketing prêtes à l'emploi, sans application tierce, à paramétrer depuis l'administration de la boutique. Parmi les modèles décrits dans son centre d'aide :
- Récupérer le panier abandonné, et Récupérer le paiement abandonné ;
- Convertir la consultation de produit abandonnée (un produit vu, sans ajout au panier) ;
- Souhaiter la bienvenue aux nouveaux abonnés, avec un e-mail ou une série d'e-mails de réduction, ou Partager l'histoire de votre marque ;
- Remercier les clients après leur achat, et Proposer une vente incitative après le premier achat ;
- Reconquérir des clients, à partir d'un segment de clients inactifs.
Par défaut, selon le centre d'aide de Shopify, ces automatisations partent uniquement aux clients abonnés au marketing par e-mail. Exception notable : pour le paiement abandonné, le champ du destinataire peut être réglé sur « Tous les clients ». Le délai avant l'envoi se règle lui aussi. Au vu de la position de la CNIL sur la relance de panier, garder le réglage par défaut (abonnés seulement) est le choix prudent pour une clientèle de particuliers.
Le réassort et l'alerte de prix ne figurent pas dans cette liste d'automatisations natives. Il faut alors une application de la boutique Shopify ou un développement, qui s'appuie sur vos propres données de stock et de prix.
Le cas Vinyles.com : ce que le code montre, ce qu'il ne montre pas
Vinyles.com est un comparateur de prix de vinyles construit sur Shopify : pour une même référence, chaque fiche affiche les prix de plusieurs revendeurs et renvoie vers eux ; j'y tiens le rôle de CTO externalisé. Le site ne vend rien : il n'a ni panier, ni paiement, ni commande. La relance de panier et les messages d'après-achat ne s'y appliquent donc pas ; restent la bienvenue et l'alerte de prix. Voici ce que le code montre, sans extrapoler.
- Une inscription à la newsletter avec case de consentement. Le pied de page propose un formulaire d'inscription avec une case de consentement obligatoire, non pré-cochée, et un texte explicite : « En cochant cette case, vous acceptez de recevoir notre newsletter par e-mail ». L'inscription passe par le formulaire client natif de Shopify.
- Un historique de prix sur un an. Chaque jour, le serveur copie les prix dans un historique conservé douze mois. Sur la fiche produit, un bloc « Évolution des prix » affiche la courbe du meilleur prix sur 1 mois, 3 mois, 6 mois ou 1 an, uniquement quand la fiche a un code EAN et que le prix a bougé.
- Pas d'alerte de prix dans le code. Le code du thème et du serveur ne contient aucun envoi d'alerte de baisse de prix. Le thème charge en revanche trois applications Shopify : une d'alerte de retour en stock, une d'avis, une de listes de souhaits. Le site ne tient pourtant aucun stock : la disponibilité d'un disque dépend des revendeurs. Leurs éventuels e-mails se paramètrent dans l'administration Shopify, que je n'ai pas relue pour cet article : je ne peux ni les décrire ni dire s'ils partent. Les e-mails envoyés par le serveur de Vinyles.com sont des rapports internes de suivi.
Ce cas rappelle une dépendance technique : un scénario d'alerte de prix n'a de sens que si le prix affiché est juste et daté, ce qui demande un historique, des contrôles et une règle de fraîcheur. Pour un site qui dispose de ces données, l'étape suivante serait un bouton « suivre ce prix » par article, qui recueille une demande explicite, puis un envoi qui se déclenche sous un seuil de baisse et s'arrête dès que la personne se désabonne. Le projet complet est décrit sur la fiche réalisation Vinyles.com.
Mettre en place ses scénarios dans le bon ordre
Commencez par le scénario qui touche le plus de monde avec le moins de risque juridique, puis ajoutez les autres un par un, en mesurant chacun. Un ordre raisonnable pour une petite boutique :
- Le consentement d'abord. Case non pré-cochée à l'inscription et au paiement, lien de désinscription dans le modèle d'e-mail. Tout le reste en dépend.
- La bienvenue. Simple à écrire, envoyée à des personnes qui viennent de dire oui.
- La relance de panier abandonné, réservée aux abonnés, avec une condition de sortie dès la commande.
- L'après-achat, en séparant les messages transactionnels, relationnels et commerciaux.
- La réactivation, quand vous avez assez d'historique de commandes pour définir « inactif ».
- Le réassort ou l'alerte de prix, si vos données de stock et de prix sont fiables.
Pour mesurer, préférez les commandes attribuées au scénario et les désinscriptions aux taux d'ouverture : depuis la recommandation de la CNIL, le pixel qui mesure l'ouverture d'un e-mail commercial suppose lui-même un consentement, et le chiffre devient partiel.
Si vous hésitez encore sur le type de boutique à monter, l'article sur la différence entre site vitrine et site e-commerce aide à trancher, et le guide du growth hacking pour les petites entreprises replace l'automatisation dans l'ensemble des leviers.
Vous avez une boutique Shopify et des scénarios à revoir, ou des données de prix et de stock à exploiter ? Je regarde avec vous ce qui est déjà en place et ce qui manque, lors d'un premier rendez-vous dans le Léon ou par appel vidéo. La création et la reprise de boutiques sont décrites sur la page création de site web, et vous pouvez prendre contact ici.
Questions fréquentes sur les scénarios de marketing automation
Qu'est-ce qu'un scénario de marketing automation ?
C'est une suite d'e-mails ou de messages qui se déclenche automatiquement après une action du client, ou son absence : un panier laissé, une inscription, un premier achat. Il se définit par un déclencheur, un délai, un contenu et une condition d'arrêt.
Peut-on envoyer une relance de panier abandonné sans consentement ?
Pour un particulier, non selon la CNIL : dans la FAQ de sa recommandation sur les pixels de suivi, elle classe la relance de panier parmi les courriels promotionnels qui relèvent de l'article L34-5 du Code des postes et des communications électroniques et nécessitent le consentement préalable du destinataire.
Quels e-mails automatiques Shopify propose-t-il sans application ?
Shopify propose nativement des automatisations de panier abandonné, de paiement abandonné, de consultation de produit abandonnée, de bienvenue, de remerciement après achat, de vente incitative et de reconquête. Par défaut, elles partent uniquement aux clients abonnés au marketing par e-mail.
Un e-mail de confirmation de commande demande-t-il un consentement ?
Non. La confirmation de commande et l'avis d'expédition sont des messages transactionnels : ils informent sur une transaction demandée par le client. Un pixel de suivi placé dans ces messages reste soumis au consentement, sauf s'il sert uniquement à mesurer la délivrabilité ou à sécuriser une authentification. Dès qu'un message incite à acheter davantage, il relève de la prospection et suit les règles de consentement.

